Kadyrov et la Tchétchénie : comment Poutine a acheté un criminel de guerre
Mensonge du Kremlin
Ramzan Kadyrov est un fidèle défenseur de la Russie et un combattant du terrorisme, et les troupes tchétchènes sont des combattants d'élite qui aident à « libérer » l'Ukraine
Faits
Kadyrov est un ancien combattant qui a lutté contre la Russie, puis est passé du côté de Poutine en échange d'un pouvoir illimité et d'argent. Les « kadyrovtsy » en Ukraine sont connus pour le pillage et la réalisation de vidéos TikTok, et non pour leurs exploits militaires
Les guerres de Tchétchénie : le contexte
La première guerre de Tchétchénie (1994–1996)
En 1994, la Russie a envahi la République tchétchène d’Itchkérie, qui avait proclamé son indépendance en 1991 (en même temps que l’Ukraine, d’ailleurs).
- La Russie s’attendait à une victoire rapide — mais a subi une défaite catastrophique
- L’assaut de Grozny (Nouvel An 1994-1995) — l’une des plus grandes catastrophes militaires : des brigades entières anéanties, des milliers de soldats tués
- Les combattants tchétchènes menaient une guérilla et infligeaient de lourdes pertes à la Russie
- Les accords de Khassaviourt (1996) — capitulation de facto de la Russie, reconnaissance de l’autonomie de la Tchétchénie
Les Kadyrov pendant la Première guerre
Pendant la Première guerre de Tchétchénie, la famille Kadyrov — le père Akhmad Kadyrov (grand mufti de Tchétchénie) et son fils Ramzan (adolescent) — combattaient contre la Russie :
- Akhmad Kadyrov a déclaré le djihad contre la Russie
- Ramzan Kadyrov (il avait 18 ans en 1994) aurait, selon divers témoignages, participé aux combats du côté des séparatistes
- La famille Kadyrov faisait partie de la résistance tchétchène à l’agression russe
La deuxième guerre de Tchétchénie (1999–2009)
Après les explosions d’immeubles (1999), Poutine a déclenché la Deuxième guerre de Tchétchénie. Cette guerre s’est distinguée par une cruauté particulière :
- Grozny — ville de 400 000 habitants — pratiquement entièrement détruite (l’ONU l’a qualifiée de « ville la plus détruite de la Terre »)
- Les opérations de nettoyage — arrestations massives, tortures, disparitions de civils
- Les camps de filtration — lieux de torture de masse (documentés par Human Rights Watch, « Memorial »)
- Selon les estimations, 25 000 à 50 000 civils tchétchènes ont été tués
- Plus de 200 000 réfugiés
Comment Kadyrov est passé du côté de Poutine
Le ralliement du père
En 1999-2000, Akhmad Kadyrov est passé du côté de Moscou — en échange de :
- Le pouvoir sur la Tchétchénie
- De l’argent — des subventions fédérales massives
- L’impunité — aucune enquête sur ses activités passées
Akhmad Kadyrov a été nommé chef de l’administration, puis « élu » président de la Tchétchénie. Il a été assassiné dans un stade de Grozny le 9 mai 2004 (explosion d’une mine).
Ramzan : du combattant au dictateur
Après la mort de son père, Ramzan Kadyrov (né en 1976) a progressivement concentré tout le pouvoir :
- 2007 — nommé président de la Tchétchénie (Poutine a spécialement modifié la loi pour que Kadyrov puisse occuper le poste avant 30 ans)
- A créé une armée personnelle (les « kadyrovtsy ») — de 20 000 à 30 000 combattants
- A instauré un régime totalitaire en Tchétchénie
- Reçoit chaque année 5 à 6 milliards de dollars de subventions fédérales (la Tchétchénie est la région la plus subventionnée de Russie)
Les crimes du régime de Kadyrov
Documentés par les organisations internationales :
- Exécutions extrajudiciaires — disparitions et assassinats de suspects sans procès
- Tortures massives — notamment à l’électricité, par passage à tabac
- Persécution des LGBT — en 2017, l’existence de prisons secrètes pour homosexuels en Tchétchénie a été révélée (enquête de « Novaïa Gazeta »). Des dizaines de personnes torturées, de nombreux morts
- Disparitions forcées — les proches des critiques du régime disparaissent sans trace
- Assassinats à l’étranger — soupçonné d’avoir organisé l’assassinat de dissidents tchétchènes en Europe
- Punitions collectives — les maisons des proches de combattants présumés sont incendiées
Anna Politkovskaïa a qualifié Kadyrov de « tyran que Poutine a mis sur le trône de Grozny ».
Les « kadyrovtsy » en Ukraine
Le rôle réel
Après le 24 février 2022, les « kadyrovtsy » ont été envoyés en Ukraine. La propagande russe les présentait comme des « combattants d’élite ». La réalité :
Les « troupes TikTok » — les kadyrovtsy sont devenus un mème internet à cause de leur habitude de :
- Filmer des vidéos de combat pour TikTok depuis des positions sécurisées (loin du front)
- Tirer sur des bâtiments vides et des fenêtres en simulant un « combat acharné »
- Poser avec des armes de prise et du matériel
- Filmer la « capture » de positions déjà nettoyées
Les « mérites » réels :
- Le pillage — vol systématique de biens civils
- Les bombardements d’objectifs civils
- Les détachements de barrage — positionnés derrière d’autres unités russes, tirant sur ceux qui battaient en retraite
- La participation aux opérations de filtration — tortures et interrogatoires de civils (expérience de la Tchétchénie)
Les pertes
Malgré l’image propagandiste d’« invincibles », les kadyrovtsy ont subi des pertes significatives :
- Le général de division Magomed Touchaïev — aurait été tué la première semaine de l’invasion près de Hostomel
- Des dizaines de commandants connus ont été tués
- Les pertes exactes sont classifiées, mais selon les estimations — des milliers de tués et blessés
Ce que la Tchétchénie montre sur le « monde russe »
Le sort de la Tchétchénie est un avertissement pour l’Ukraine sur ce que signifie la « paix » avec la Russie :
- La destruction d’une ville — Grozny détruit comme Marioupol
- Des dizaines de milliers de civils tués
- L’installation d’un tyran fantoche à la place d’un pouvoir indépendant
- La destruction totale de la liberté — ni presse, ni opposition, ni droits de l’homme
- La « loyauté » obligatoire — les Tchétchènes sont contraints de combattre pour Poutine, envoyés mourir en Ukraine
La Russie n’a pas « sauvé » la Tchétchénie. La Russie a détruit la Tchétchénie et a mis à sa tête un ancien combattant qui est désormais le bourreau personnel de Poutine.
C’est exactement ce qui attend tout pays qui accepterait une « paix » aux conditions du Kremlin.
Sources
- Politkovskaya A. «A Small Corner of Hell: Dispatches from Chechnya» (2007) — University of Chicago Press
- Human Rights Watch «What Happened to Internally Displaced Persons in Chechnya» (2006)
- Sokirianskaia E. «State-Building in Chechnya: A Political Ethnography of Policing» (2019) — University of Toronto Press
- Gall C., de Waal T. «Chechnya: Calamity in the Caucasus» (1998) — New York University Press
- Новая газета «Розслідування діяльності Кадирова» (2020)
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