Kadyrov et la Tchétchénie : comment Poutine a acheté un criminel de guerre

Période: Époque contemporaine Publié le: January 19, 2026
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Mensonge du Kremlin

Ramzan Kadyrov est un fidèle défenseur de la Russie et un combattant du terrorisme, et les troupes tchétchènes sont des combattants d'élite qui aident à « libérer » l'Ukraine

Faits

Kadyrov est un ancien combattant qui a lutté contre la Russie, puis est passé du côté de Poutine en échange d'un pouvoir illimité et d'argent. Les « kadyrovtsy » en Ukraine sont connus pour le pillage et la réalisation de vidéos TikTok, et non pour leurs exploits militaires

Les guerres de Tchétchénie : le contexte

La première guerre de Tchétchénie (1994–1996)

En 1994, la Russie a envahi la République tchétchène d’Itchkérie, qui avait proclamé son indépendance en 1991 (en même temps que l’Ukraine, d’ailleurs).

  • La Russie s’attendait à une victoire rapide — mais a subi une défaite catastrophique
  • L’assaut de Grozny (Nouvel An 1994-1995) — l’une des plus grandes catastrophes militaires : des brigades entières anéanties, des milliers de soldats tués
  • Les combattants tchétchènes menaient une guérilla et infligeaient de lourdes pertes à la Russie
  • Les accords de Khassaviourt (1996) — capitulation de facto de la Russie, reconnaissance de l’autonomie de la Tchétchénie

Les Kadyrov pendant la Première guerre

Pendant la Première guerre de Tchétchénie, la famille Kadyrov — le père Akhmad Kadyrov (grand mufti de Tchétchénie) et son fils Ramzan (adolescent) — combattaient contre la Russie :

  • Akhmad Kadyrov a déclaré le djihad contre la Russie
  • Ramzan Kadyrov (il avait 18 ans en 1994) aurait, selon divers témoignages, participé aux combats du côté des séparatistes
  • La famille Kadyrov faisait partie de la résistance tchétchène à l’agression russe

La deuxième guerre de Tchétchénie (1999–2009)

Après les explosions d’immeubles (1999), Poutine a déclenché la Deuxième guerre de Tchétchénie. Cette guerre s’est distinguée par une cruauté particulière :

  • Grozny — ville de 400 000 habitants — pratiquement entièrement détruite (l’ONU l’a qualifiée de « ville la plus détruite de la Terre »)
  • Les opérations de nettoyage — arrestations massives, tortures, disparitions de civils
  • Les camps de filtration — lieux de torture de masse (documentés par Human Rights Watch, « Memorial »)
  • Selon les estimations, 25 000 à 50 000 civils tchétchènes ont été tués
  • Plus de 200 000 réfugiés

Comment Kadyrov est passé du côté de Poutine

Le ralliement du père

En 1999-2000, Akhmad Kadyrov est passé du côté de Moscou — en échange de :

  • Le pouvoir sur la Tchétchénie
  • De l’argent — des subventions fédérales massives
  • L’impunité — aucune enquête sur ses activités passées

Akhmad Kadyrov a été nommé chef de l’administration, puis « élu » président de la Tchétchénie. Il a été assassiné dans un stade de Grozny le 9 mai 2004 (explosion d’une mine).

Ramzan : du combattant au dictateur

Après la mort de son père, Ramzan Kadyrov (né en 1976) a progressivement concentré tout le pouvoir :

  • 2007 — nommé président de la Tchétchénie (Poutine a spécialement modifié la loi pour que Kadyrov puisse occuper le poste avant 30 ans)
  • A créé une armée personnelle (les « kadyrovtsy ») — de 20 000 à 30 000 combattants
  • A instauré un régime totalitaire en Tchétchénie
  • Reçoit chaque année 5 à 6 milliards de dollars de subventions fédérales (la Tchétchénie est la région la plus subventionnée de Russie)

Les crimes du régime de Kadyrov

Documentés par les organisations internationales :

  • Exécutions extrajudiciaires — disparitions et assassinats de suspects sans procès
  • Tortures massives — notamment à l’électricité, par passage à tabac
  • Persécution des LGBT — en 2017, l’existence de prisons secrètes pour homosexuels en Tchétchénie a été révélée (enquête de « Novaïa Gazeta »). Des dizaines de personnes torturées, de nombreux morts
  • Disparitions forcées — les proches des critiques du régime disparaissent sans trace
  • Assassinats à l’étranger — soupçonné d’avoir organisé l’assassinat de dissidents tchétchènes en Europe
  • Punitions collectives — les maisons des proches de combattants présumés sont incendiées

Anna Politkovskaïa a qualifié Kadyrov de « tyran que Poutine a mis sur le trône de Grozny ».

Les « kadyrovtsy » en Ukraine

Le rôle réel

Après le 24 février 2022, les « kadyrovtsy » ont été envoyés en Ukraine. La propagande russe les présentait comme des « combattants d’élite ». La réalité :

Les « troupes TikTok » — les kadyrovtsy sont devenus un mème internet à cause de leur habitude de :

  • Filmer des vidéos de combat pour TikTok depuis des positions sécurisées (loin du front)
  • Tirer sur des bâtiments vides et des fenêtres en simulant un « combat acharné »
  • Poser avec des armes de prise et du matériel
  • Filmer la « capture » de positions déjà nettoyées

Les « mérites » réels :

  • Le pillage — vol systématique de biens civils
  • Les bombardements d’objectifs civils
  • Les détachements de barrage — positionnés derrière d’autres unités russes, tirant sur ceux qui battaient en retraite
  • La participation aux opérations de filtration — tortures et interrogatoires de civils (expérience de la Tchétchénie)

Les pertes

Malgré l’image propagandiste d’« invincibles », les kadyrovtsy ont subi des pertes significatives :

  • Le général de division Magomed Touchaïev — aurait été tué la première semaine de l’invasion près de Hostomel
  • Des dizaines de commandants connus ont été tués
  • Les pertes exactes sont classifiées, mais selon les estimations — des milliers de tués et blessés

Ce que la Tchétchénie montre sur le « monde russe »

Le sort de la Tchétchénie est un avertissement pour l’Ukraine sur ce que signifie la « paix » avec la Russie :

  1. La destruction d’une ville — Grozny détruit comme Marioupol
  2. Des dizaines de milliers de civils tués
  3. L’installation d’un tyran fantoche à la place d’un pouvoir indépendant
  4. La destruction totale de la liberté — ni presse, ni opposition, ni droits de l’homme
  5. La « loyauté » obligatoire — les Tchétchènes sont contraints de combattre pour Poutine, envoyés mourir en Ukraine

La Russie n’a pas « sauvé » la Tchétchénie. La Russie a détruit la Tchétchénie et a mis à sa tête un ancien combattant qui est désormais le bourreau personnel de Poutine.

C’est exactement ce qui attend tout pays qui accepterait une « paix » aux conditions du Kremlin.

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Sources

  1. Politkovskaya A. «A Small Corner of Hell: Dispatches from Chechnya» (2007) — University of Chicago Press
  2. Human Rights Watch «What Happened to Internally Displaced Persons in Chechnya» (2006)
  3. Sokirianskaia E. «State-Building in Chechnya: A Political Ethnography of Policing» (2019) — University of Toronto Press
  4. Gall C., de Waal T. «Chechnya: Calamity in the Caucasus» (1998) — New York University Press
  5. Новая газета «Розслідування діяльності Кадирова» (2020)

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